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Joséphine

Joséphine est malentendante depuis sa naissance, découvrez son parcours résilient, son témoignage de vie, ses projets et sa vision d’un monde plus inclusif.

Le commencement 

J’arrive au monde un 21 mai 1997. Je ne le sais pas encore, mais j’ai une surdité bilatérale.

Les premières années personne ne le remarque, pas même moi. Cela ne gêne pas dans mes échanges avec le monde. 

Mais il faut rentrer à l’école et apprendre à lire. C’est là que tout se complique. J’ai certaines difficultés : pour apprendre à lire et pour écrire. 

A l’oral je fais des fautes récurrentes sur la prononciation de certains sons. Pourtant, niveau compréhension je trompe mon monde en compensant sans le savoir avec la lecture labiale. Mais comment voulez-vous écrire des sons que vous n’entendez pas et que vous êtes incapable de différencier ? Face à ces difficultés, je commence une longue histoire d’amour avec….les orthophonistes ! Ce qui ne m’empêche pas de redoubler mon CE2. 

En primaire, toute l’énergie de mes éducateurs se porte sur mon apprentissage de la lecture. Je reçois des commentaires désobligeants sur mes capacités intellectuelles.

La révélation

Mai 2006 est un tournant : je pars en vacances avec mon cousin Adrien, malentendant lui aussi, mais appareillé. Nos proches remarquent que j’ai exactement les mêmes difficultés que lui. Je suis enfin prise en charge par des ORL ! 

Le constat est clair et net, je suis malentendante à 50 % des deux oreilles. Je n’entends pas les aigus. Impossible de partager avec vous la joie d’entendre le » cuicui » des petits oiseaux…et les bruits de circulation automobile sont difficilement supportables. 

Mon entourage tombe de haut, comment ont-ils pu passer à côté de ça ? C’est le risque de la compensation labiale…

Toute une organisation se met en place : visite ORL, audioprothésiste, appareillages, protocole éducation national (PPS), orthophoniste, famille…

L’énergie collective se focalise sur un point : compenser mes retards de langage et de lecture. Chacun joue le jeu et s’exprime face à moi.

Cela n’a pas été simple d’accepter l’appareillage auditif : mon handicap est devenu visible, on me met dans la case « handicapé » à cause d’un accessoire. Je passe de « neuneu » à handicapé… Pas facile à porter quand on n’a que 10 ans !

L’acceptation 

En 2008 je rentre au collège, ce n’est une période évidente pour personne. Pour moi ce fût celle de l’acceptation de ma différence.

En primaire j’étais restée protégée. L’umbrogrilo administatif commence, et on me pousse à aller vers un SECPA, section d’enseignement adapté.

Mes parents refusent, j’intègre le privé et je suis entourée d’une équipe pédagogique qui s’adapte à mon handicap et qui me voit comme un élève classique qui doit progresser et s’épanouir. 

Le soulagement et la désillusion

Je m’oriente finalement vers un bac professionnel hôtelier. La pratique prend le dessus sur la théorie, et l’échec scolaire disparait. C’est un grand soulagement. J’apprécie particulièrement cette période et les contacts clients.  Mais une fois le bac en poche mes premières expériences réelles de services en salle m’apportent une grande désillusion. Le bruit, les sonorités et les remarques comme « t’es sourde ou quoi, le plat de la 12 est prêt » me fatiguent. Je dois faire face à la réalité : mes oreilles sont sensibles, tous les univers de travail ne sont pas adaptés.

Commence alors une période plus sombre d’introspection pour essayer de me reconstruire un avenir. 

Le renouveau 

Fin 2016 je décide de partir en Ile de France pour travailler dans une boutique de chocolat et mettre à l’épreuve mes oreilles dans un univers différent. 

C’est le déclic, je porte systématiquement mes appareils auditifs, j’adore jouer à la marchande avec les clients et je découvre ma vocation pour la vente en BtoC. Mais surtout, je reprends confiance en moi et décide de reprendre mes études pour passer un BTS en alternance. 

Comme toujours c’est une histoire de rencontre j’ai la chance de trouver la perle rare. L’entreprise Unikalo et en particulier son directeur François Deligny, me fait confiance, m’épaule, et me soutient pour développer son entreprise de vente de peinture. 

En parallèle la COVID-19 débarque, avec elle les cours à distance … et pour un malentendant, c’est loin d’être la panacée.

L’envol

Je poursuis mon chemin, en continuant mes études en marketing et communication.

Parfois, j’exècre la vision du handicap : la condescendance, l’apitoiement, les « cases » qui vous enferment dans une catégorie, la lourdeur administrative. Mais j’ai compris aujourd’hui que c’était une de mes forces.

Heureusement, certaines personnes sont curieuses, elles cherchent à en savoir plus et à trouver des solutions. Notamment certaines associations, entreprises ou individus qui œuvrent pour un monde plus inclusif.

Aujourd’hui je souhaite développer une idée qui me tient à cœur : apporter des solutions d’amélioration pour le quotidien des personnes en situation de handicap. 

J’ai écrit le projet « Clair&Net », une application inclusive pour l’amélioration de la compréhension en milieu bruyant. Elle s’adresse aux malentendants mais aussi aux personnes éprouvant une gêne de concentration dans ce type d’environnement.

Mon objectif ? Une version à échéance des JO 2024. 

Je souhaite mettre en œuvre concrètement ce projet d’application en collaboration avec Incluneo, qui partage mes valeurs autour de l’inclusion. Sa connaissance du handicap au sens large me permettra d’élargir ma vision du projet, et nous pourrons ensemble développer des idées.

« Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient. »

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